Ingénieurs en 2026 : les embauches repartent, mais le chômage des jeunes bondit
Le métier d'ingénieur reste en quasi plein emploi : 138 700 recrutements en 2025 (+11 %) et un salaire brut médian de 67 800 €. Mais 10,3 % des 25-29 ans cherchent un emploi, contre 6,1 % un an plus tôt. Les jeunes délaissent l'industrie pour les services et l'énergie, trois ingénieurs sur quatre utilisent déjà l'IA, et le sens du travail pèse plus que le salaire dans leur satisfaction.
Depuis 37 ans, Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF), l’association qui fédère notamment les associations d’anciens élèves des écoles d’ingénieurs, interroge chaque année la profession. L’édition 2026, publiée le 9 octobre, a réuni 32 000 participants. Elle dit qui devient ingénieur, où il travaille, combien il gagne et ce qui le fait rester ou partir. Sauf mention contraire, tous les chiffres de cette page viennent de cette « 37ème enquête IESF 2026 », à travers son communiqué de presse, en accès libre, et sa brochure complète.
Le portrait d’ensemble est rassurant : un métier en quasi plein emploi, bien payé, qui recrute de nouveau. Mais l’enquête montre aussi des fissures, d’abord pour ceux qui démarrent.
D’où viennent les ingénieurs
La France compte 1,32 million d’ingénieurs et de scientifiques diplômés, dont un peu plus d’un million en activité. Les femmes y restent minoritaires : 27 % des actifs, et 30 % des 50 045 ingénieurs diplômés en 2025.
La vocation se transmet surtout en famille. 45 % des ingénieurs citent leurs parents comme origine de leur choix, devant une décision personnelle (31 %) et leurs professeurs (17 %). Les médias et les réseaux sociais ne pèsent presque rien : 0,4 %. Le constat est un peu rude pour un média de vulgarisation, mais il laisse de la marge.
La voie classique domine toujours : 56 % des ingénieurs sont passés par une classe préparatoire, 22 % sont entrés en école directement après le bac. L’apprentissage gagne du terrain d’une génération à l’autre : 13,5 % des diplômés de moins de 30 ans l’ont suivi, contre moins de 5 % de leurs aînés de plus de 40 ans. La profession s’ouvre aussi socialement : 36 % des moins de 30 ans ont été boursiers pendant leurs études, contre 24 % des 50-64 ans.
Un marché qui recrute, sauf pour les débutants
Les embauches repartent nettement : 138 700 ingénieurs recrutés en 2025, contre 124 700 un an plus tôt, soit 11 % de plus. L’industrie reste le premier recruteur, avec environ 45 800 embauches, devant les autres activités de services (35 000).
Pourtant, la part d’ingénieurs qui cherchent un emploi remonte : 4,1 % en 2025, contre 3,2 % en 2024. Entre 35 et 59 ans, elle reste entre 2 et 3 %, c’est-à-dire le plein emploi. Les difficultés se concentrent au début de la carrière : 10,3 % des 25-29 ans cherchent un emploi, contre 6,1 % un an plus tôt. Les femmes (5,6 %) y sont aussi plus exposées que les hommes (3,6 %).
Comment expliquer qu’il y ait à la fois plus d’embauches et plus de jeunes sans poste ? Les recruteurs donnent une piste. En 2025, 41 % de ceux qui ont recruté un ingénieur n’ont rencontré aucune difficulté, contre 31 % en 2024. Quand ça coince, c’est d’abord parce que le profil recherché n’existe pas sur le marché (64 %), et ce sont les ingénieurs d’études qui manquent le plus. IESF le résume ainsi : « Le marché ne manque pas d’ingénieurs, mais des bons profils, au bon endroit. »
Les jeunes boudent l’industrie, l’énergie les attire
L’industrie emploie 42 % des ingénieurs, mais seulement 30 % des deux dernières promotions. L’écart s’est creusé d’une édition à l’autre : 2 points en 2024, 6 en 2025, 12 en 2026. Les jeunes diplômés se tournent davantage vers les autres activités de services (25 %, contre 19 % pour l’ensemble des ingénieurs), l’électricité et le gaz (10 % contre 7 %), les sociétés d’ingénierie et de conseil (9 % contre 7 %) et la construction (7 % contre 4 %). Une prudence s’impose : la comparaison repose sur environ 570 jeunes répondants, donc un écart d’un ou deux points ne veut pas dire grand-chose.
Le secteur de l’énergie ressort bien de l’enquête. Il a recruté près de 14 500 ingénieurs en 2025, l’équivalent d’un cinquième de ses effectifs, et la part de ses ingénieurs en recherche d’emploi reste basse (2,5 %). On y fait carrière : IESF y mesure une durée de carrière médiane de 40 ans, contre 9 ans dans les bureaux d’études et 7 ans dans le conseil, qui servent plutôt de tremplins. Ses ingénieurs sont parmi les plus satisfaits (3,86 sur 5 dans l’électricité et le gaz, juste derrière l’eau et l’environnement), et ce secteur offre la médiane de salaire la plus élevée chez les 50-64 ans : 121 500 € brut par an. Pour comprendre l’économie de ce secteur, lisez notre dossier sur le prix de l’électricité.
Combien gagne un ingénieur
Le salaire brut médian atteint 67 800 € par an en 2025, contre 67 000 € en 2024. La hausse ralentit nettement : +1,2 %, après +4,7 % en 2024 et +6 % en 2023. À titre de comparaison, la médiane des cadres du privé est de 55 000 € selon l’Apec, citée par IESF. Une fois l’inflation retirée, les salaires des ingénieurs poursuivent leur rattrapage après le creux de 2022. Et la moitié d’entre eux s’attendent à une hausse en 2026.
Derrière la médiane, les écarts se creusent avec l’âge. Entre 25 et 29 ans, 33 000 € séparent les 10 % les moins payés des 10 % les mieux payés. Entre 60 et 64 ans, l’écart atteint 160 000 € : 62 000 € d’un côté, 222 000 € de l’autre.
Le lieu de travail compte aussi. L’Île-de-France paie le mieux en métropole (73 800 € en médiane) mais sa qualité de vie est la moins bien notée (3,6 sur 5, contre 4,7 en Bretagne, où les salaires sont parmi les plus bas). Les 11 % d’ingénieurs qui travaillent dans l’administration gagnent 51 400 € en médiane, environ 26 % de moins que dans le privé, pour une satisfaction équivalente. À l’étranger, où travaillent 145 000 ingénieurs français, 76 % s’estiment mieux payés qu’ils ne le seraient en France.
Enfin, l’écart entre femmes et hommes reste net : 3 840 € net par mois en médiane pour les femmes ingénieures, contre 4 910 € pour les hommes, soit 22 % de moins. IESF précise que cet écart tient en partie à des effets de structure.
Pénurie d’ingénieurs ? Plutôt un problème de répartition
IESF a titré son communiqué sur une question : « Vers une pénurie d’ingénieurs en France ? ». Les arguments existent. Près d’un ingénieur actif sur quatre a entre 50 et 64 ans, soit 236 600 personnes qui partiront à la retraite d’ici 10 à 15 ans. Le nombre d’ingénieurs atteignant l’âge légal de départ chaque année devrait plus que doubler, d’environ 7 800 en 2027 à près de 19 000 en 2035.
En volume pourtant, la relève existe. Les écoles ont diplômé 50 000 ingénieurs en 2025 : à ce rythme, dix années de promotions représentent environ 500 000 ingénieurs, deux fois plus que les départs attendus, même si tous ne travailleront pas en France ni dans un métier d’ingénieur. Le risque tient plutôt à la répartition. Certains secteurs vieillissent : dans les télécoms, 39 % des ingénieurs ont entre 50 et 64 ans, contre 24 % dans l’industrie. Et l’industrie, qui compte le plus de futurs retraités en nombre, attire de moins en moins les jeunes.
Il tient aussi à la transmission. Seul un senior sur quatre prépare son successeur, alors que 60 % disent que leur entreprise le permettrait. Les seniors ne demandent pourtant qu’à rester utiles : 32 % des ingénieurs proches de la retraite envisagent de travailler au-delà de l’âge légal, par plaisir (62 %) bien plus que par nécessité (8 %).
Le sens avant la fiche de paie
68 % des ingénieurs se disent satisfaits de leur travail. Rien ne pèse autant que le sens : la satisfaction moyenne passe de 2,0 sur 5 chez ceux qui ne trouvent aucun sens à leur travail à 4,4 chez ceux qui en trouvent pleinement. Interrogés sur ce qui les motive, les ingénieurs citent d’abord le respect, l’ambiance et l’esprit d’équipe (39 %), devant la rémunération (33 %). Et ceux qui veulent rester chez leur employeur avancent d’abord l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (52 %), passé cette année devant le salaire (46 %).
La fidélité n’est pas acquise pour autant : 37 % des ingénieurs envisagent de changer d’employeur, contre 33 % l’an dernier. Les jeunes sont les moins attachés à leur entreprise : 39 % des moins de 30 ans s’y disent attachés, contre 57 % des 50-64 ans.
Le télétravail, lui, est entré dans les habitudes : 87 % des ingénieurs salariés le pratiquent, le plus souvent un ou deux jours par semaine. Mais seuls 3 % voudraient travailler entièrement à distance, et 72 % estiment que trop de télétravail affaiblit le sentiment d’appartenance.
L’IA est déjà là, la confiance pas encore
74 % des ingénieurs utilisent l’intelligence artificielle dans leur travail, dont 27 % régulièrement ou tous les jours. L’IA générative représente l’essentiel des usages : analyser des données, rédiger des documents techniques, automatiser des tâches.
Utiliser ne veut pas dire faire confiance : les ingénieurs accordent en moyenne 5,6 sur 10 aux résultats de l’IA, contre 6,2 à leur propre maîtrise de l’outil. 56 % y voient une opportunité, 17 % une menace, et 81 % pensent qu’elle va modifier leur métier. Plus on s’en sert, moins elle inquiète : 81 % des utilisateurs quotidiens y voient une opportunité, contre 30 % de ceux qui ne s’en servent pas. Et contrairement à une idée reçue, les plus de 40 ans y voient plus souvent une opportunité (60 %) que les moins de 30 ans (47 %).
Les compétences jugées prioritaires sont de savoir formuler ses demandes (60 %) et de vérifier les résultats (51 %). Mais la formation ne suit pas : un quart des ingénieurs réclament une formation à l’IA qu’ils n’ont pas reçue, et leur connaissance du règlement européen sur l’IA (AI Act) plafonne à 2,9 sur 5.
Des acteurs de la transition, plus convaincus qu’outillés
80 % des ingénieurs se reconnaissent un rôle clé dans la transition écologique, et 81 % la voient comme un progrès plutôt qu’une menace. Les plus sensibles aux enjeux environnementaux sont d’ailleurs moins tentés de changer de poste (21 %, contre 41 % pour les moins sensibles) : l’écologie les attache à leur métier plutôt qu’elle ne les en éloigne.
Mais l’écart entre conviction et réalité est net. 94 % jugent la sobriété importante, quand seuls 60 % estiment que leur entreprise a un vrai plan d’action. Et si 91 % pensent que les ingénieurs devraient d’abord servir leurs valeurs et l’environnement, 71 % constatent qu’en pratique, ils servent d’abord le bénéfice de leur entreprise.
Autre écart qui persiste : 57 % des femmes ingénieures déclarent avoir subi une discrimination liée à leur genre, contre 3 % des hommes.
Ce que ça change pour vous
Vous êtes lycéen, étudiant ou parent. La vocation naît surtout à la maison et en classe : parler du métier compte. La prépa reste la voie majoritaire, mais l’apprentissage est une vraie porte d’entrée, de plus en plus empruntée, et plus d’un tiers des jeunes ingénieurs ont été boursiers.
Vous êtes jeune diplômé. Le premier emploi est plus long à décrocher qu’il y a un an, mais l’énergie, les services et l’ingénierie recrutent. Le stage et l’alternance comptent : 26 % des ingénieurs ont décroché leur premier emploi en CDI là où ils avaient fait leur stage ou leur apprentissage.
Vous recrutez ou encadrez des ingénieurs. Le sens du travail, l’ambiance et l’équilibre de vie retiennent mieux qu’une prime. Et la transmission entre seniors et juniors reste le chantier le plus négligé.
Comment lire ces chiffres
- C’est une enquête en ligne : les participants répondent eux-mêmes. 25 000 ont rempli le questionnaire principal. IESF pondère les réponses selon l’école, l’âge et le sexe pour représenter l’ensemble des ingénieurs.
- Le « chômage » de l’enquête est la part des répondants qui se déclarent en recherche d’emploi. Ce n’est pas le chômage au sens de l’Insee : les deux ne se comparent pas directement.
- Les ingénieurs sont ici les diplômés d’une école accréditée par la Commission des titres d’ingénieur ; les scientifiques, les diplômés de l’université à bac + 5 ou plus.
- Le calcul sur la relève (500 000 diplômés en dix ans) est le nôtre : il suppose que le nombre de diplômés reste stable.
- IESF représente la profession qu’elle étudie. Son enquête est menée chaque année dans des conditions comparables depuis 37 ans, mais mieux vaut le garder en tête.
Testez-vous
Trois questions pour vérifier ce que vous avez retenu. Les réponses suivent.
- Qu’est-ce qui fait le plus souvent naître une vocation d’ingénieur ? A. Les professeurs · B. Les parents · C. Les médias et les réseaux sociais · D. Un service d’orientation
- Quelle part des ingénieurs utilise l’IA dans son travail ? A. Un sur dix · B. Un sur quatre · C. Un sur deux · D. Trois sur quatre
- Quelle part des ingénieurs de 25 à 29 ans cherche un emploi ? A. 2 % · B. 5 % · C. 10 % · D. 20 %
Voir les réponses
1 : B, cités par 45 % des ingénieurs, contre 0,4 % pour les médias et les réseaux sociais. 2 : D, soit 74 %. 3 : C, soit 10,3 % en 2025, contre 6,1 % un an plus tôt.
Sources
- Organisation professionnelle IESF, communiqué de presse du 9 octobre 2026 sur la 37ème enquête nationale, « Vers une pénurie d'ingénieurs en France ? », consulté le 18 octobre 2026. Les chiffres clés de l'enquête, en accès libre.
- Organisation professionnelle 37ème enquête IESF 2026, « Ingénieurs et scientifiques : préparer la relève, réussir les transformations », consulté le 18 octobre 2026. Brochure complète de 64 pages, vendue par IESF. Enquête en ligne réalisée par Optima Europe : 32 000 participants, dont 25 000 réponses au questionnaire principal, pondérées par école, âge et sexe.
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Ampère Media, « Ingénieurs en 2026 : les embauches repartent, mais le chômage des jeunes bondit », mis à jour le 18 octobre 2026, https://amperemedia.fr/comprendre/enquete-iesf-2026/