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Comprendre et analyser

Trop d'électricité, mais une facture qui ne baisse pas : le paradoxe français

En bref

Ce que vous payez n'est pas vraiment un prix de l'électricité : la fourniture d'énergie ne pèse qu'entre un tiers et 44 % de la facture, le reste finance le réseau et les taxes. Le système électrique est surtout fait de coûts fixes, si bien que le kWh reste 29 % plus cher qu'en 2020 alors que la France a exporté 92,3 TWh en 2025 et connu 513 heures de prix négatifs.

Le 1er août 2026, le prix du kWh a encore augmenté, de 2,5 % en moyenne (Fournisseurs-electricite.com). Pourtant, la France est le premier exportateur net d’électricité d’Europe : 92,3 TWh exportés en 2025, un record. Et il lui arrive d’en produire tant que le prix de gros devient négatif : 513 heures en 2025, contre 179 par an en moyenne de 2010 à 2020 (CRE).

Alors pourquoi la facture ne baisse-t-elle pas ? La réponse tient en une idée, qui change la lecture de presque tout ce qu’on entend sur l’énergie : ce que vous payez n’est pas vraiment un prix de l’électricité.

Ce que vous payez en vrai

Votre facture additionne trois choses. L’énergie, d’abord, que votre fournisseur achète. L’acheminement, ensuite : le tarif d’utilisation des réseaux (le TURPE), qui finance les lignes, les transformateurs et les compteurs. Les taxes, enfin. Seule l’énergie change d’un fournisseur à l’autre, et elle ne pèse, selon le profil et la source, qu’entre un tiers et 44 % du total (une page, une autre). Le reste est fixé par le régulateur et l’État, et il est identique pour tout le monde.

C’est ce qui explique l’été 2026. La hausse du 1er août ne vient ni du marché de gros ni d’une taxe nouvelle : le TURPE a été relevé de 3 % pour la distribution, et le coût d’un nouveau mécanisme, qui finance la sécurité d’approvisionnement lors des pointes hivernales, est entré dans le tarif (Fournisseurs-electricite.com).

Six ans de montagnes russes

Regardez le prix du kWh depuis 2020.

Le kWh a bondi de 63 % entre février 2020 et février 2024, puis reflué de 20 %

Prix du kWh TTC, option Base, 6 kVA, tarif réglementé d'EDF, à chaque révision

Bouclier tarifaire 0,10 € 0,15 € 0,20 € 0,25 € 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 niveau de févr. 2020 févr. 2020 · 0,1546 € févr. 2024 · 0,2516 € +63 % depuis févr. 2020 août 2026 · 0,2001 € −20 % depuis le pic
Source : Fournisseurs-electricite.com (Selectra), d'après les révisions de la CRE. 12 révisions, de février 2020 à août 2026. Données : fichier CSV (licence CC BY 4.0).
Voir les valeurs du graphique
Prix du kWh TTC, option Base, 6 kVA, tarif réglementé d'EDF, à chaque révision
Révision Prix du kWh TTC
février 2020 0,1546 €
août 2020 0,1557 €
février 2021 0,1582 €
août 2021 0,1558 €
février 2022 0,1740 €
février 2023 0,2062 €
août 2023 0,2276 €
février 2024 0,2516 €
février 2025 0,2016 €
août 2025 0,1952 €
février 2026 0,1940 €
août 2026 0,2001 €

Il a bondi de 63 % en quatre ans. Il y a eu la crise du gaz, avec des prix de gros au-dessus de 700 €/MWh en 2022, en partie absorbés par le bouclier tarifaire ; puis, en 2024, le retour de la taxe sur l’électricité, presque supprimée pendant le bouclier (Fournisseurs-electricite.com). Depuis, il a reflué de 20 %. Il reste pourtant 29 % plus haut qu’en 2020.

Un système fait surtout de coûts fixes

Imaginez une autoroute. Elle coûte à peu près le même prix à construire et à entretenir, qu’elle voie passer dix mille ou cent mille voitures par jour. Ce qui change, c’est la part de la note que supporte chaque voiture. Le système électrique lui ressemble : un parc de centrales et de lignes dont le coût dépend peu du nombre de kWh qui y circulent. L’image a ses limites, mais la CRE décrit bien une structure de coûts où les coûts fixes pèsent très lourd (Connaissance des Énergies, d’après la CRE).

Cette note, la CRE la chiffre à 55,9 milliards d’euros pour 2025 : 40 pour produire, près de 16 pour acheminer. Ce sont les consommateurs qui la paient, presque entièrement : leur facture finance 92 % des coûts de production, taxe sur l’électricité comprise (CRE).

Trop d’électricité à certains moments, pas assez à d’autres

La France a de la marge : sa capacité de production potentielle dépasse 160 GW, alors que la capacité réellement disponible à la pointe tourne autour de 90 GW, proche du besoin lors des périodes de tension (CRE). Ce qui change, c’est le moment. Quand le soleil et le vent produisent beaucoup et que la demande est faible, le prix de gros peut passer sous zéro : 513 heures en 2025. À l’inverse, il y a eu 1 807 heures à plus de 100 €/MWh, contre 606 par an en moyenne de 2010 à 2020. Le problème n’est plus de produire assez sur l’année, mais de produire au bon moment.

Les renouvelables y sont pour beaucoup. La CRE estime que ceux installés entre 2020 et 2025 ont fait baisser les prix de marché d’environ 20 €/MWh, soit près de 8 milliards d’euros pour les consommateurs (dépêche AFP). Mais produire beaucoup quand le soleil brille ne règle pas, à lui seul, la question du moment.

Et EDF dans tout ça ?

Quand les prix de marché baissent, les consommateurs gagnent. Mais ceux qui vendent leur électricité sans aide publique perdent des recettes, et EDF, dont une grande part de la production se vend au prix du marché, est directement concerné. La CRE le formule sans détour : la baisse profite aux consommateurs, « au détriment des producteurs non soutenus et du budget de l’Etat » (CRE). Le dispositif qui permettait d’acheter une partie du nucléaire d’EDF à 42 €/MWh, l’ARENH, a de plus pris fin le 31 décembre 2025.

La CRE ne dit pas pour autant que le modèle est cassé. Elle juge que continuer à développer les renouvelables reste pertinent pour le consommateur, même si la demande ne repart pas tout de suite. Mais au-delà d’environ 50 % de puissance renouvelable en plus par rapport à fin 2025, avec une consommation qui stagne, la situation ne serait probablement plus soutenable : l’État paierait davantage, et EDF verrait ses revenus, donc ses capacités d’investissement, diminuer (dépêche AFP).

Ce que ça change pour vous

Pour rapprocher production et consommation, la CRE propose deux leviers : électrifier davantage d’usages, et décaler la consommation vers les moments où l’électricité abonde.

Le second explique les heures creuses. Depuis novembre 2025, leurs plages se déplacent en partie vers l’après-midi pour plus de 11 millions de foyers, afin d’absorber le solaire (Enedis). Le premier concerne le chauffage et la voiture : l’électricité ne représente aujourd’hui que 27 % de l’énergie consommée en France, quand les énergies fossiles en pèsent encore 57 % (SDES). Passer d’une chaudière au gaz ou d’une voiture à essence à l’électricité, c’est électrifier un usage : la direction que la CRE appelle à renforcer.

Reste à savoir si cela vaut le coup chez vous. C’est l’objet des prochains outils d’Ampère, à commencer par la pompe à chaleur.

Testez-vous

Trois questions pour vérifier ce que vous avez retenu. Les réponses suivent, et d’autres vous attendent dans les quiz d’Ampère.

  1. Quelle part de l’électricité produite en France en 2025 vient du nucléaire ? A. 30 % · B. 50 % · C. 70 % · D. 90 %
  2. Quelle part de l’énergie consommée en France est de l’électricité ? A. 10 % · B. 27 % · C. 50 % · D. 70 %
  3. Sur une facture d’électricité, la fourniture d’énergie représente : A. toute la facture · B. les trois quarts · C. moins de la moitié · D. moins de 5 %
Voir les réponses

1 : C, soit 68,1 % (RTE, via Connaissance des Énergies). 2 : B, soit 27,2 % en 2024 (SDES). 3 : C, de un tiers à 44 % selon les sources.

La vidéo liée

Le prix de l'électricité augmente alors qu'on en a trop · 28 min

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Sources

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Citer cette page

Ampère Media, « Trop d'électricité, mais une facture qui ne baisse pas : le paradoxe français », mis à jour le 6 octobre 2026, https://amperemedia.fr/comprendre/paradoxe-prix-electricite/